Mandarins


Canard Mandarin (Aix galericulata)

Une fois n’est pas coutume, il ne s’agit pas aujourd’hui d’une photo prise par Anaïs, mais par votre serviteur (si, vous savez, Yann, le monsieur des textes du mois de la Guyane…). Loin de moi l’idée de lui voler la vedette, il s’agit plus d’un avant gout de ce qui pourrait bien être un des prochains sujets photo d’Anaïs. Et quand il s’agit d’une espèce particulièrement surprenante, trouvée de plus dans ma forêt favorite, je ne résiste pas à l’envie de reprendre la plume (ou le clavier) pour vous parler de cette rencontre.

J’ai la chance d’habiter à proximité d’une forêt qui, bien qu’elle ne présente pas une biodiversité impressionnante, permet de croiser chevreuils, sangliers ou renards. Avec le temps, je commence à connaitre cette forêt comme ma poche. Du moins, je le pensais. Il y a deux ans, en juillet plus précisément, j’ai eu la surprise de tomber, au beau milieu d’un petit étang forestier,  sur un canard inconnu au bataillon des volatiles fréquemment croisés. Après quelques recherches, l’oiseau s’est avéré être une espèce dite « envahissante » : un canard mandarin. Envahissante, car la bête cancane habituellement en Asie du sud-est. Autant dire, pas la porte à coté. Sauf que, étant considéré comme un des plus beaux canards au monde, il a été pendant des années reproduit en captivité en Europe comme canard d’ornement. Quelques individus se sont donc échappés pour revenir ça et là à la vie sauvage, même s’il s’agit d’un phénomène très épars. D’où ma surprise d’en croiser cette année là.

Je disais plus haut qu’il s’agissait d’un canard au plumage magnifique. Mais comme souvent dans le monde animal, uniquement chez le mâle. Manque de bol, deux années plus tôt, c’est bien sur une femelle que j’étais tombé, mais suivie par trois petits cannetons. Les lois de la nature étant ce qu’elles sont, qui dit petits, dit présence d’un mâle à un moment ou à un autre (n’insistez pas, je ne vous ferais pas de dessin). Les mois ont passés, les petits ont pris leur envol et ont disparus de mon terrain de chasse favori. Il y a une dizaine de jours, je retourne en forêt pour traquer le chevreuil et le sanglier, oubliant presque ma rencontre passée. Et dans une minuscule mare en bord de chemin,  trois mandarins me fixent quelques secondes avant de s’envoler : une femelle et deux mâles. Depuis, je sillonne la forêt, répertoriant les mares, en pensant un peu à une photographe de ma connaissance… Au final, j’arrive à cerner deux ou trois mares fréquentés par les mandarins. Sauf que les bestiaux sont craintifs et discrets. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le plumage éclatant des mâles se confond parfaitement au milieu des feuilles mortes. De plus, ces canards aiment se percher dans les arbres, ce qui ne facilite pas les choses.

Le week-end dernier, j’emmène donc Anaïs traquer la bête avec tout son équipement photo sur le dos. Nous apercevons furtivement les volatiles, mais ces derniers s’avèrent particulièrement craintifs et s’envolent avant que nous puissions vraiment les distinguer. Le dimanche matin, je décide de retenter ma chance seul (oui, Anaïs n’est pas forcément partante pour un tour de vélo à 5h du mat’ un dimanche matin), embarquant avec moi l’appareil photo.  Appareil que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici, donc pour les réglages, on repassera (« Aahhh ! Mais ils sont où les ISO ! Comment on sous-ex ? »). Et c’est donc au bord d’une petite mare que je croise un couple : le mâle sur la berge, la femelle sur une branche surplombant l’eau. Je reste à bonne distance, jusqu’à ce que le mâle décide de se poser à coté de sa belle. Commencera alors une longue parade entre les deux oiseaux. Ceux-ci seront si occupés à se faire la cour que j’arriverai à m’approcher peu à peu d’eux, pour finalement vous proposer ce cliché aujourd’hui.

Alors bien sûr, cette photo est loin d’être parfaite (cf. mes problèmes de réglages ci-dessus, et surtout un manque d’expérience total par rapport à Anaïs). Mais malgré ça, ce cliché est spécial pour bien des raisons. Tout d’abord, il s’agit d’une espèce relativement peu commune en France, et qui n’avait jamais été répertoriée dans ma région. Ensuite, j’ai eu la chance de les approcher de près, pour les photographier dans un milieu naturel, sur une branche qui plus est. Il s’agissait de plus d’une parade, le couple cote à cote, le mâle arborant ses plus belles couleurs (il perd son plumage éclatant à la fin du printemps). Enfin et surtout, l’espèce est juste magnifique !

Il reste encore quelques semaines avant que le mâle ne décampe. D’ici là, je pense qu’Anaïs aura l’occasion de retourner en forêt traquer l’oiseau rare, et peut-être aura-t-elle aussi la chance de faire une telle rencontre (et pourra alors vous proposer des biens meilleurs clichés que celui-là). Dans le cas contraire, eh bien il restera cette photo !

Yann

2 Comments

  1. Nisnis 20 mai 2010

    Pour ma défense, en ce moment j’ai beaucoup de travail et je ne dors pas beaucoup… Et comme le dimanche matin c’est le seul jour où je peux dormir un peu plus, j’avoue que ce matin là, j’ai préféré profiter de la douceur d’un lit… Mais promis, je me lèverais pour essayer de leur tirer le portrait.

  2. Eve 26 mai 2010

    Sympa cette petite histoire, c’est un truc que j’aime bien sur ce forum, c’est l’aspect narratif (jamais idiot) à côté de l’aspect photo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *