Copieur

Criquet-phasme (Proscopia sp.)

Hier, je vous parlais de la difficulté à repérer les animaux, tant le mimétisme est bluffant. Mais une fois trouvé, la morphologie de certaines espèces continue à poser des problèmes, cette fois pour identifier l’animal. Car il semblerait que certaines espèces s’amusent à copier des animaux appartenant à un autre groupe. Explications de ce casse-tête.

Pendant ce séjour d’un mois, nous sommes partis avec un entomologiste (le père d’Anaïs en fait). L’objectif de chacun n’était pas le même, mais l’activité du père d’Anaïs nous à tout de même permis d’obtenir des sujets de photos que nous n’aurions pas trouvé seuls. C’est notamment le cas du sujet d’aujourd’hui. En effet, pour trouver les insectes, les entomologistes utilisent plusieurs techniques (piège à interception, chasse à vue, piège lumineux, etc.), dont la technique du battage. Il s’agit de placer un parapluie japonais sous quelques feuilles ou branches mortes, et de taper avec un battoir pour récolter ce qui tombe. Mais parmi les insectes intéressants le père d’Anaïs, il y avait parfois aussi de petites bêtes bien cachées à cet endroit. Chauve-souris, phasme, mante… ou encore l’animal de ce post.

Cette photo a ainsi été faite au macro, avec le nouveau-super-flash-trop-high-tech d’Anaïs, dont je vous parlerai sans doute une autre fois. C’est en tout cas ce qui explique le fond uni noir derrière l’animal. Etant donné qu’il s’agit d’un portrait serré, je vous propose une autre photo, beaucoup moins belle (donc de moi !), mais où l’on voit l’animal en entier. Toute personne normalement constituée dira qu’il s’agit d’un phasme (avec une drôle de tête quand même). Manque de pot, c’est en fait un… criquet ! Du genre Proscopia, encore appelé criquet « tête de cheval », criquet-phasme ou criquet-brindille. Alors que son allure et son alimentation n’ont pas grand-chose à voir avec un criquet classique, l’observateur averti remarquera ses deux grandes pattes sauteuses à l’arrière. Mais avouez que la ressemblance est troublante.

Ce cas précis est loin d’être un exemple isolé. En forêt, nombreuses sont les espèces qui passent pour des originaux au sein de leur groupe. Par exemple, parlons du groupe des longicornes (famille particulière de coléoptères). S’agissant de la spécialité du père d’Anaïs, nous en avons vu passer des dizaines et des dizaines d’espèces en un mois. Alors que la plupart des longicornes ressemblent à ceci (un corps allongé, de grandes antennes recourbées vers l’arrière), quelques espèces s’amusent à copier d’autres insectes, souvent plus menaçant qu’eux. Ainsi, on trouve le longicorne-fourmi ou encore le longicorne-guêpe. Parfois, bien difficile de ne pas se tromper. Surtout lorsqu’une tierce espèce se joint à la partie. Regardez cette photo: contrairement aux apparences, il ne s’agit pas ici d’un papillon, mais d’une espèce de luciole imitant un papillon. Malheureusement, il existe aussi un longicorne ressemblant comme deux gouttes d’eau à cette espèce. Dans des cas comme cela, seule une étude approfondie permet une identification fiable.

Vous pourriez vous dire qu’après tout, ce n’est pas bien grave de se tromper, juste pour une photo. Mais, en plus du fait qu’il est toujours mieux d’identifier son sujet, il faut parfois éviter de se tromper sur l’espèce. Beaucoup connaisse le fameux serpent corail, possédant un venin mortel particulièrement puissant. En Guyane, ce reptile cohabite avec une autre espèce, appelé communément « faux corail ». Si ce dernier est tout à fait inoffensif, ses couleurs copiant le vrai corail dissuade les prédateurs de s’en approcher. Notons qu’il dissuade aussi le photographe aidé de son assistant d’aller voir de plus près s’il s’agit d’un vrai ou d’un faux (empêchant ainsi de ramener la photo !). Et parmi les insectes, on retrouve ce problème d’identification.

Si la plupart des phasmes ne sont pas venimeux, permettant ainsi de les manipuler sans risques (on ne se moque pas de la photo, merci !), beaucoup d’espèces s’amusent aussi à les copier, beaucoup moins sympathiques. Je vous présente donc une mante-bâton, toutefois aisée à différencier d’un phasme, ainsi qu’une espèce de réduve. Pour ce dernier exemple, avouez que la ressemblance est bluffante. Le seul problème, c’est que les réduves sont de charmantes petites bêtes capables, en piquant, de transmettre une maladie non moins charmante, la maladie de Chagas. Si les réduves ont pour la plupart une morphologie peu engageante, les espèces copiant un phasme ou même une mante peuvent porter à confusion. Ainsi, la règle en forêt est de ne pas toucher ce que l’on ne connait pas, et d’y réfléchir à deux fois avant de toucher ce que l’on croit (re)connaitre !

Yann

8 Comments

  1. Marion 8 septembre 2009

    Et ben, j’en ai appris de belles aujourd’hui. Impressionnante ta photo Anaïs. Peux-t-on avoir des infos sur ce super flash ? Jolies photos également de la (du?) réduve et du longicorne à la morphologie classique. Ton père a-t-il découvert une nouvelle espèce ?

  2. Yann 8 septembre 2009

    Je pense faire un texte prochainement sur le super-flash-de-la-mort-qui-tue, quand je n’aurais plus de choses à raconter sur la photo (ca va pas tarder à arriver…).
    Pour le père à Anaïs, je crois qu’il a rapporté 160 espèces de longicornes, dont deux nouvelles espèces. Mais Anaïs confirmera si je dis des bêtises!

  3. Anaïs Carvalho 8 septembre 2009

    Si tu veux ma belle, je te le montrerai mon super-flash-de-la-mort-qui-tue…
    Pour ce qui est des espèces de longis, pour l’instant mon papa a 160 espèces différentes dont 50 nouvelles pour sa collection et 3 espèces qui seraient nouvelles pour la science… Mais à confirmer.

  4. Annie 9 septembre 2009

    étonnant, non ?
    Et bravo à la photographe !

  5. Marion 9 septembre 2009

    Oui, je veux bien voir ce super-flash. Et peut-être que dans qq temps, je serai ton modèle Anaïs (patience !). Sinon, bravo à ton père pour les longis (encore plein de boîtes à la maison j’imagine ^^).

  6. Audrey 22 septembre 2009

    Décidément, avec un fond aussi profond (comme « la maître des marais »), le sujet est vraiment mis en valeur. Très jolie image.

  7. JMa 1 octobre 2009

    UN super article. c’est bien aussi d’avoir le criquet-phasme en entier, on se rend bien compte du mimétisme avec le phasme justement !
    Juste une petite remarque : cela serait bien d’avoir les photos dans le texte et non en lien, cela permettrait d’aérer l’ensemble et d’éviter de cliquer (oui, je sais, c’est de la fainéantise 🙂 !). Et merci pour le conseil final, qui me sera peut-être utile un jour !

    Cdt,
    Jma

  8. Yann 1 octobre 2009

    Hello Jma!
    Je suis bien d’accord avec toi pour les photos. Ce serait bien plus agréable à lire et aéré avec les photos intégrées au texte. Techniquement c’est bien sur possible, mais nous en avons pas mal discuté avec Anais, et nous sommes tombé d’accord sur le fait qu’il s’agissait avant tout d’un blog photo consacré aux « bonnes » photos d’Anais. Ce système de lien me permet ainsi d’illustrer avec mes propres photos sans qu’elles soient vraiment sur le blog. Mais c’est sur qu’au final c’est pas très pratique!

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