PK38

Pausandra sp.

Cela fait bientôt trois semaines que j’essaye de vous faire partager notre périple guyanais, mais je me rends compte que je ne vous ai toujours pas expliqué comment (et surtout où) se déroulaient nos vadrouilles en forêt. Je profite donc lâchement de cette jolie photo de feuilles de pausandra pour réparer cet oubli.

Vous l’avez vu dans les précédents posts, nous sommes allés dans différents endroits pour y traquer les petites bêtes : marais de Kaw, sentiers du Rorota, plage de Rémire-Montjoly, etc. Mais pour la plupart de nos journées, nous avons vadrouillé au même endroit : en pleine forêt primaire. Mais n’allez pas pour autant nous imaginer manier la machette au hasard dans la jungle. Avec une végétation aussi dense, pas moyen d’avancer de plus de quelques centaines de mètres par heure. Pour s’enfoncer un peu en forêt, nous avons donc opté pour les layons forestiers.

Un layon est donc un chemin tracé par le forestier du coin pour aller chercher ses arbres au cœur de la forêt. A deux kilomètres de notre camp, nous empruntions donc en voiture une piste de latérite débouchant sur une clairière, d’où partaient plusieurs layons. Nous avions donc à notre disposition des sentiers tous tracés, avec l’avantage non négligeable d’être déserts (les layons sont normalement interdits d’accès, mais le forestier a fait une exception pour nous !). Pour tracer ces layons, le forestier n’y va pas vraiment en finesse : il utilise une impressionnante machine, le « bull ». Pour avoir un ordre d’idée, dites vous que je suis aussi grand qu’une de ses roues (mais bon, je suis pas non plus une référence).

L’inconvénient avec cette machine, c’est qu’elle creuse de véritables tranchées dans la forêt qui se transforment rapidement en mares de boue. C’est même parfois de véritables pièges, nous permettant de nous retrouver enfoncés jusqu’aux cuisses en pensant marcher sur du terrain stable. Tout ceci explique pourquoi nos vêtements de forêts n’ont pas le droit au billet retour… Pour ne rien arranger, ces chemins sont tracés à flanc de colline, nous offrant ainsi une pente bien sympathique à remonter en plein cagnard… Autre problème avec ces layons, c’est qu’ils sont particulièrement nombreux ! En effet, le forestier ouvre de nouveaux embranchements régulièrement, laissant les anciens se refermer. Autant dire qu’il s’agit d’un vrai labyrinthe. Je me suis donc lancé dans la cartographie pendant un mois, tachant d’explorer un maximum de layons. Comme vous le voyez sur ma « carte », nous étions loin d’en avoir fait le tour.

Enfin, paradoxalement, c’est ici que nous avons le moins de chance de croiser un animal. Lorsque nous allons à Rorota, nous savons que nous allons sans doute croiser quelques paresseux ; dans les marais, difficile de ne pas voir de caïmans, et les chances de rencontrer quelques tortues sur la plage sont nombreuses. Mais en pleine forêt, il n’y a pas de coins plus propices à telle ou telle rencontre, et les animaux sont particulièrement dispersés et discrets. Ainsi, nous sommes parfois revenus presque « bredouilles » de nos balades (mis à part les traditionnels lézards, grenouilles et autres insectes). Mais c’est aussi ici, et seulement ici, qu’il y a une chance, même infime, de croiser un jaguarondi, un tamanoir ou un tatou. Autrement dit, on ne sait jamais à quoi s’attendre, et les rares rencontres ont souvent été les plus marquantes. Marcher dans un lieu où tout est possible, il n’y a vraiment que l’Amazonie pour offrir un tel cadeau.

Yann

4 Comments

  1. Marion 22 septembre 2009

    Question bête… que veut dire le titre ? Et sinon y a-t-il déjà eu des cas de personnes perdues dans la forêt ? Est-ce que vous avez croisé des peuples qui vivent en forêt ?

  2. Nisnis 22 septembre 2009

    Yann a gagné son pari… 😀
    PK38 c’est le point kilométrique 38 depuis la « grande » ville la plus proche… Ici Roura.
    Pour les personnes qui se perdent en forêt ça arrive… Et cela même à 100 m dernière le carbet. Une fois en pleine forêt primaire difficile de ce dire cet arbre est différent de celui ci et donc de retrouver son chemin.
    Les peuples qui vivent en forêt purs, je ne sais pas s’il en reste en Guyane. Mais si c’est le cas cela dois être dans la zone interdite. Cependant, certains de ces tribus vivent au Brésil, ça j’en suis sure…. Difficile de les croiser alors que tu sais que tu risques de te perdre en forêt. Pour infos il y a eu un Courrier International y’a pas si longtemps sur ces tribus…

  3. Yann 22 septembre 2009

    Quelques compléments :
    – En Guyane, le long des routes un peu perdues, on utilise beaucoup les points kilométriques (ou PK). PK38 correspond donc à la localisation du layon que nous avons sillonné cette année (il y a deux ans par exemple, nous allions au PK29). Pour se situer, notre camp est au PK 36 (donc pas bien loin).
    – Pour les gens perdus dans la forêt, cela arrive de temps en temps (beaucoup moins maintenant, les grosses expéditions se faisant avec GPS). On a par exemple beaucoup parlé il y a deux ans de deux touristes qui se sont perdus pendant 7 semaines dans le sud de la Guyane.
    – Pour les peuples vivant en forêt, il existe encore plusieurs ethnies amérindiennes (4-5% de la population guyanaise). Je ne suis pas spécialiste de la question, mais je pense que un certain nombre garde un mode de vie très « naturel », mais en étant toutefois réapprovisionnés de temps en temps par des pirogues.
    A creuser!

  4. […] forêt avant de faire nos valises, nous partons donc une dernière fois pour notre layon favori, le PK38. Etant allé une seule fois jusqu’au bout de ce chemin (particulièrement atroce sur les derniers […]

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