Sous la carapace

Rhinoclemmys ponctuée commune (Rhinoclemmys punctularia)

Platémyde à tête plate orientale (Platemys platycephala)

Je vous le disais hier, il faut s’attendre à toutes sortes de rencontres en Guyane. Ainsi, tomber sur une tortue traversant la route peut surprendre. Mais quand on en croise une deuxième le lendemain en pleine forêt, on se dit qu’il nous reste beaucoup de choses à découvrir ! Aujourd’hui donc, deux photos, deux histoires à raconter, et plein de vidéos en prime.

Je vous présente donc Platemys platycephala et Rhinoclemmys punctularia, ou si vous préférez les noms vernaculaires, une platémyde à tête plate orientale et une rhinoclemmys ponctuée commune. Etrangement, je vous sens déjà un peu perdus. Je simplifierai donc en appelant la première par son joli nom brésilien, « Lala » (rien à voir avec une grosse peluche mauve dégoulinante de mièvrerie et incapable d’aligner trois mots corrects à la suite), et la deuxième par… En fait, je n’ai pas trouvé son nom brésilien. Nous l’appellerons donc Caroline (de toute façon, c’est moi qui décide).

Commençons par Caroline. Nous l’avons rencontré lors de la seule journée où la pluie tropicale nous a réellement empêché de sortir. Du matin jusqu’au soir, des cordes sont tombées sans interruption. A défaut de marcher, nous décidons de nous faire un petit tour de voiture sur les pistes en fin d’après-midi, histoire de dire que nous n’avons tout de même pas perdu notre journée. Malheureusement pour nous, il semble que la plupart des animaux n’aiment pas non plus se mouiller sur les pistes. Ainsi, nous revenons bredouilles au carbet. Mais sur la route du retour, juste avant d’atteindre le camp, nous dépassons une grosse feuille morte sur la route. Rien d’inhabituel pour l’instant, sauf que j’aperçois dans mon rétroviseur ladite  feuille morte traverser la route ! Une marche arrière plus tard, nous rencontrons donc Caroline. Etant donné le temps guère propice à la photographie en extérieur et après quelques hésitations, nous décidons de kidnapper temporairement le reptile. Après quelques minutes de route, nous la relâchons donc dans notre carbet, qu’elle inspecte consciencieusement. Après quelques photos et vidéos, nous lui offrons un dernier petit tour en voiture pour aller lui rendre sa liberté là où nous l’avions trouvé.

Le lendemain, le beau temps semble être de retour, nous en profitons donc pour rattraper la journée perdue d’hier en allant en forêt. La pluie y a laissé des traces de son passage, donnant naissance à de gigantesques flaques dans les layons. C’est dans une de ces mares que je remarque une feuille étrange immobile sur le fond. A y regarder de plus près, il s’agit d’une petite tortue orangée (mais avouez que le mimétisme est bluffant)… Non content d’avoir déjà embêté une de ses cousines la veille, nous la sortons délicatement de sa mare le temps de quelques clichés. Après cela, nous la remettons dans l’eau, juste le temps de la voir filer à toute vitesse sous la surface (si si, il y a bien une tortue sur la vidéo). Mis à part la chance que nous avons eu de croiser ces étranges reptiles coup sur coup, il est intéressant de noter à quel point ces deux espèces étaient différentes. Petite anatomie comparée de Lala et Caroline (décidemment, j’ai du mal à me faire à ces prénoms).

Alors que Caroline possédait une bonne carapace de 17 centimètres, Lala ne mesurait pas plus de 7 centimètres. Cependant, il s’agissait peut-être d’un juvénile, cette espèce (Platemys platycephala pour ceux qui suivent) pouvant largement faire le double. Mais la morphologie même de la carapace présente des différences énormes : alors qu’elle était massive et bombée chez Caroline, la cuirasse de Lala était particulièrement fine et aplatie. Je passerai sur les différences évidentes de couleurs, que ce soit sur la tête ou sur la carapace, les photos parlant d’elles-mêmes. Le point le plus remarquable ne se remarque pas forcément du premier coup d’œil, mais en taquinant un peu ces petites bêtes. Alors que les deux se protègent en se cachant la tête sous leur carapace, elles ne le font pas du tout de la même manière. Chez Caroline, la tête rentre entièrement sous cette protection rigide, comme vous pouvez le voir sur cette vidéo (notez au passage le bec effilé et les pattes puissantes). A l’inverse, grâce à son long cou flexible, Lala replie sa tête sur le coté pour se protéger (mais mieux vaut une photo floue qu’une explication floue).

Pour finir, je souhaite préciser qu’aucune tortue n’a porté plainte contre nous pour mauvais traitements. Pour leur avoir donné des noms aussi ridicules, par contre, ça ne saurait tarder.

Yann

2 Comments

  1. Marion 23 septembre 2009

    Trouvé sur internet : Les tortues font partie de l’ordre des Chéloniens. Le sous-ordre comprenant les espèces dont la tête rentre dans la carapace en rétractant le cou est celui des Cryptodires. Le sous-ordre comprenant les espèces qui rentrent la tête en repliant le cou latéralement est celui des Pleurodires. Chapeau pour le repérage des tortues Yann. Je vois que tes capacités d’observation n’ont pas diminué. J’aime bcp la première photo toute « gluante ».

  2. Nisnis 28 septembre 2009

    D’ailleurs pour ceux que cela intéresse voici comment se forme la carapace d’une tortue:
    http://marion.sabourdy.free.fr/?p=917

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