Marais de Kaw

Héron strié (Butorides striata)

Grande aigrette (Ardea alba)

Martin-pécheur vert (Chloroceryle americana)

Buse à gros bec (Buteo magnirostris)

C’est bientôt la fin de ce « Mois de la Guyane », et pour vous consoler, une avalanche de photos ! Histoire de parler de la faune des marais de Kaw, ainsi que de la conception un peu particulière d’une Réserve Naturelle en Guyane, entre tourisme, pêche et agriculture.

Lors des grandes glaciations qu’a connues notre planète, seuls quelques sanctuaires en Amérique du Sud ont pu abriter l’essentiel des espèces tropicales, grâce à une localisation géographique favorable (altitude, proximité d’un cours d’eau, etc.). L’isolement de ces îlots de vie a permis une spéciation importante, jusqu’au retour d’un climat plus clément, permettant l’expansion de ces espèces et expliquant ainsi l’incroyable biodiversité actuelle de la forêt amazonienne. Ces îlots lors des époques glaciaires gardent une trace aujourd’hui de leur rôle de sanctuaire, en abritant une biodiversité et un taux d’endémisme plus fort que dans les régions environnantes. La montagne de Kaw donnant sur les marais fut l’un de ces sanctuaires. On y trouve ainsi une richesse naturelle foisonnante, ainsi que de nombreuses espèces endémiques ou peu communes, comme cette grenouille. De cette constatation, une réserve naturelle fut créée : la Réserve Naturelle Nationale des Marais de Kaw-Roura, la deuxième plus grande réserve française (juste derrière celle des Nouragues, toujours en Guyane). Et quand on se balade sur les eaux du marais, on constate vite de ses propres yeux à quel point cette richesse est grande : échassiers en tout genre, oiseaux de savane flottante, de nombreuses espèces de martins-pécheurs voletant au dessus de vous, cabiaïs, plusieurs espèces de caïmans, une formidable diversité de poissons, etc. De plus, la proximité de la forêt amène de nombreuses espèces ne vivant pas traditionnellement dans un écosystème marécageux. Toucans, singes hurleurs, cette buse à gros bec immortalisée par Anaïs, ou même quelques jaguars venant taquiner le cabiaï sur les marais.

La création d’une réserve naturelle pour cet écosystème riche, sur prés de 95 000 hectares, ne pouvait donc être qu’une bonne chose. Si tout le monde avait la même conception de ce que devrait être une réserve… Tout d’abord, le tourisme y est particulièrement important (pour la Guyane j’entends), avec pas moins de cinq prestataires proposant de visiter les marais en pirogue ou carbets flottants. Il est vrai que je ne suis pas le mieux placé pour critiquer ces visites du marais, étant donné que nous avons été de ces touristes pour pouvoir ramener ces photos. Mea culpa, la tentation était trop forte… Même si la vitesse des embarcations est limitée et l’accès réservé à certaines zones de la réserve, ce sont des dizaines de bateaux qui circulent en permanence sur les marais. Les pirogues touristiques tentent toutes de s’approcher au plus prés des caïmans ou des nids de caciques, occasionnant sûrement un dérangement important pour ces espèces. Sans parler en pleine saison des dizaines de touristes « visitant » le petit village de Kaw. On se doute que la cinquantaine d’habitants à Kaw commencent un peu à en avoir marre d’être pris en photo, mais cela est un autre problème. Si ce village au cœur du marais vit principalement de la pêche, les filets tendus sur les rives attrapent aussi régulièrement caïmans ou anacondas. Il n’est pas rare de voir ainsi une tête d’anaconda planté au bout d’une pique sur une berge… S’il est difficile de critiquer un des moyens de subsistance de quelques pécheurs, même au cœur d’une réserve naturelle, qu’un des plus gros prestataires touristique propose des parties de pêche sur le marais est bien plus choquant.

Un autre point peut étonner lorsque l’on se balade dans la réserve : au beau milieu des marais, vous risquez fort de tomber sur quelques zébus traversant le bras de rivière devant votre embarcation. En effet, deux entreprises élèvent ces bovins depuis quelques années sur les marais. Je n’ai aucune idée de l’impact que ces dizaines d’animaux peuvent avoir sur la faune et la flore sauvage, ce n’est simplement pas l’idée que je me faisais d’une réserve naturelle. Autre problème, une végétation flottante envahit souvent les lieux de passage des pirogues. Les habitants ont alors une méthode bien particulière pour s’en débarrasser : ils mettent tout simplement le feu aux marais, l’incendie s’arrêtant (a priori) à la forêt humide. Cette fois, j’imagine très bien l’impact terrible sur cet écosystème…

Ne soyons pas trop négatif tout de même : des zones sont entièrement fermées à la circulation, cette dernière étant de toute façon interdite de 22 heures à 6 heures sur l’ensemble du marais. Autre bonne nouvelle, un projet de mine d’or en plein cœur de la montagne de Kaw a été finalement repoussé (in extremis) l’année dernière par l’état. Mais tout de même, on peut se demander si cette région ne mériterait pas qu’on la protège un peu plus, limitant la circulation, la pêche ou l’agriculture. En fait, qu’elle devienne une vraie réserve naturelle.

Yann

5 Comments

  1. Marion 13 octobre 2009

    Ca a l’air d’être l’anarchie… Pour pouvoir réglementer tout ça, il faudrait la présence permanente d’un responsable de la réserve naturelle non ?

  2. Nisnis 13 octobre 2009

    Yann (in)confirmera, mais il me semble qu’il y a une personne à charge de la gestion de la réserve… Mais plus pour les avantages que pour les inconvénients… Et puis les contrôles me semblent bien rares…

  3. Yann 13 octobre 2009

    Il y a bien un responsable de la réserve, mais si j’ai bien compris le truc c’est rarement un Guyanais. Donc deux possibilité pour le nouveau venu : soit il tente réellement de gérer la réserve mais très vite le climat est tellement insupportable avec la population qu’il repart bien vite, soit il se range du coté des habitants, comme cela semble être le cas aujourd’hui. Gérer population et sauvegarde d’un environnement est toujours compliqué, mais encore plus en Guyane semble t-il!

  4. Jma 16 octobre 2009

    Cela me rappelle les jeeps qui montaient les touristes dans la vallée des merveilles au cœur du P.N. du Mercantour … cela m’avait choqué à l’époque ! Mais comment concilier l’aspect « économique » et l’aspect « écologique » d’un lieu ? Doit on en faire une réserve intégrale, inaccessible à tout le monde sauf aux scientifiques ? Que deviendraient les autochtones sans le tourisme ? A qui profite réellement l’argent du tourisme ? Beaucoup de question, peu de réponses …

    Cdt,
    Jma

  5. Yann 16 octobre 2009

    Je suis d’accord avec Jma pour dire que les choses ne sont pas simple. Mais je suis sur qu’il y a un juste milieu entre une réserve intégrale et un territoire qui n’a de réserve que de nom (où l’on peut mettre le feu si on le souhaite). Un peu plus de limitation ne serait pas une mauvaise chose. Accepter les touristes, mais leur interdire la peche, par exemple. Et pour répondre à la question « A qui profite le tourisme », ce n’est surement pas au village de Kaw. Tous les prestataires faisant visiter le marais sont des métropolitains venus s’installer en Guyane, et il n’y a ni boutique souvenir ni restaurant où les touristes s’arrêtent lors de la visite du village. C’est donc plus une gène pour les habitants.

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