Bille de clown

Saïmiri (Saïmiri sp.)

Je vous avais promis, pour cette dernière semaine, nos plus belles rencontres. Les guyanais qui suivent ce blog risque donc bien de se demander ce que viennent faire ici ces saïmiris, tant ces petits primates ne sont ni rares, ni discrets. Pourtant, difficile pour nous de se lasser de ces piles électriques sur pattes. Surtout quand on a la chance de se retrouver encerclés par une immense colonie.

Lors de nos séjours sur la route de Kaw, nous avons toujours rencontré beaucoup plus de tamarins que de saïmiris. Cette année, nous avons donc croisé trois colonies seulement de ces petits primates durant tout notre séjour. La première fois, sur la route de Kaw justement. Nous étions en voiture, lorsque j’aperçois sur une branche passant au dessus de la route un pelage beige bouger. Je freine donc immédiatement en supposant la présence d’un groupe de saïmiris. Supposition confirmée en sortant de la voiture, quand tout un groupe saute d’une branche à une autre au dessus de la route. Anaïs a réussi à capter cet instant sur la pellicule, mais estime que cette photo n’est pas assez originale pour être publiée. A vous de juger donc, pour ma part, je suis loin d’être d’accord avec elle !

Une autre rencontre avec ces petits primates a eu lieu à la toute fin du séjour, alors que nous étions avec Anaïs en train de ramer sur notre canoë, sur une rivière forestière. Quelques cris, et nous avons juste le temps d’apercevoir les derniers individus de la colonie sauter au dessus de nous pour traverser la rivière. Pas de photo (nous avions jugé plus sage de ne pas prendre trop de matériel au cas où si nous chavirions), mais pouvoir simplement voir ces singes, du beau milieu de l’eau, est une superbe expérience. Vous voyez donc que ces rencontres sont souvent assez brèves. Pourtant, les choses furent bien différentes lors de notre passage à la Mirande, où fut prise la photo du jour.

La Mirande, c’est un sentier de randonné plutôt bien entretenu et donc assez emprunté, pas très loin de Cayenne. Nous l’avions découvert il y a deux ans, et malgré quelques rencontres sympathiques (insectes, chenilles, agoutis, etc.), notre randonnée avait surtout été marquée par la présence de nombreux saïmiris au tout début du chemin. Cette année, lors d’une descente à Cayenne pour remplir la voiture d’essence et de provisions, nous décidons donc de faire une virée plus que rapide au début du chemin de la Mirande. « Qui ne tente rien n’a rien » dit le proverbe. Malgré le peu de temps qui nous reste avant la tombée de la nuit (et surtout avec les deux heures de route avant d’arriver au camp), nous nous engageons donc sur la piste délabrée menant au sentier. Nous entamons alors le chemin, mais malheureusement, rien là où nous avions vu la colonie deux ans plus tôt. Il ne faut pas rêver non plus… Malgré cela, nous poussons quelques centaines de mètres plus loin, histoire de partir sans regrets.

Lorsque nous décidons de faire demi-tour, j’entends un peu plus loin des cris suraigus, caractéristiques des petits primates. Et en effet, quelques saïmiris sont là, sautant d’arbres en arbres. Les premières minutes, les petits singes se font relativement discrets et lointains, ne facilitant pas le travail de la photographe. Quelques cris et bruits de branches nous indiquent pourtant que la colonie est importante, et surtout assez proche de nous. Mais à travers le feuillage, difficile de voir grand-chose. Nous suivons donc les quelques individus longeant le chemin, quand ceux-ci sont rejoints par l’ensemble de la colonie ! En quelques minutes, nous voilà véritablement encerclés par une bonne cinquantaine de singes sautant et piaillant tout autour de nous.

Pour comprendre ce que l’on peut ressentir alors que l’on est au beau milieu d’une telle colonie, il faut savoir quelques petites choses sur ces primates. Tout d’abord, ce sont de vrais piles électriques, qui méritent amplement leur surnom de « singe écureuil ». Ces animaux ne restent jamais en place, sautant et courant sur les branches avec une agilité déconcertante. Il n’est pas rare de voir un saïmiri prendre son élan pour sauter, et que nous retenions alors notre souffle, nous disant « Non, il va pas le faire ? » avant de le voir atterrir avec grand fracas sur une branche dix bons mètres plus bas. Ainsi, ces petits diables évoluent avec aisance et rapidité à tous les étages de la forêt, de la canopée aux branches les plus basses, passant de l’un à l’autre en une poignée de secondes. En plus de cette agilité qui ne peut qu’ébahir, il y a toujours quelque chose à voir, un nouveau comportement. Deux jeunes qui jouent à se courir après à toute allure à 20 mètres du sol, un minuscule juvénile suivant maladroitement sa mère, et surtout des bagarres permanentes, que ce soit par jeu ou par domination. Le tout dans un concert cacophonique de cris suraigus. Et enfin, comment ne pas craquer devant cette bille de clown, ce museau foncé, ces taches noires sur les yeux, ce regard malicieux…

Quand l’on sait tout cela, on devine aisément le bonheur que nous avons eu à être ainsi entourés, pendant prés d’une heure de surcroit ! Une heure passée le sourire aux lèvres, à rire des mimiques de celui-ci, à se tordre le coup pour suivre ces trois là en pleine course poursuite, à être surpris pas cet autre atterrissant avec fracas sur la branche à coté de nous, à regarder ces deux là prendre leur repas côte-à-côte… Si au départ ces singes étaient plutôt méfiant vis-à-vis de nous, cette méfiance s’est vite transformée en curiosité, quelques individus s’approchant de nous, nous fixant du regard, la tête penchée sur le coté. Puis, la colonie a simplement choisi de nous ignorer, nous entourant ainsi d’un capharnaüm de mouvements et de bruits à tous les étages de la forêt. Autant dire que la photographe ne savait plus où donner de la tête ! A peine avions nous repéré un malicieux petit singe se mettant dans la lumière, que notre œil était attiré par une dizaine d’individus se succédant dans les airs, entre deux branches. Tout ce petit monde s’est (très !) relativement calmé en tombant sur quelques fruits et graines à manger. Nous avons alors eu la chance d’assister à un curieux spectacle : l’arbre à saïmiri.

Sur un seul arbre, de taille assez modeste de surcroit, une bonne quinzaine de ces petits diables prennent alors leur repas, faisant valser le végétal au gré de leurs mouvements. J’ai une petite vidéo pour vous illustrer cela, mais il y a un hic, comme vous pouvez le voir… En fait, je n’ai pas trop l’habitude de faire des films avec un appareil photo compact. Qui ressemble bien plus à un appareil qu’une caméra donc ! Sauf qu’en vidéo, la prise de vue verticale n’existe pas… Pour m’excuser de ma bêtise, je vous offre donc une autre vidéo de ce repas, dans le bon sens cette fois !

Pour conclure, je dirais simplement que nous cherchons tout le temps à voir des bêtes nouvelles, incroyables ou mythiques. Combien de fois avons-nous croisé les doigts pour apercevoir un jaguar à la sortie d’un virage ? Pourtant, il existe des animaux assez communs, capables de nous faire vivre des moments magnifiques. Je crois que, même en vivant en Guyane pendant des années, je ne saurais me lasser du spectacle magique offert par une colonie de ces billes de clowns.

Yann

4 Comments

  1. Marion 15 octobre 2009

    Je suis trop jalouse !!! 😉 Au fait Anaïs, je préfère 100 fois plus la photo du singe qui saute à la photo que tu as choisie (bien qu’elle soit très bien). Je pense que c’est tout le contraire : celle que tu as choisie est trop « classique ». Sinon, une petite comptine pour la route :
    J’ai un gros nez rouge
    Deux traits sous les yeux
    Un chapeau qui bouge
    Un air malicieux
    Deux grandes savates
    Un grand pantalon
    Et quand je me gratte
    Je saute au plafond !!!

  2. Audrey 15 octobre 2009

    Moi aussi je préfère celle du saut, même si la MAP n’est pas parfaite, elle semble plus représentative et puis, elle est bien plus marrante !

    Marion, je veux que tu me la chantes ta comptine :-p

  3. Yann 16 octobre 2009

    Marion, est ce une comptine guyanaise ou limousine? Je ne sais pas lequel est le plus exotique… ^^
    Pour revenir à la photo, je dois tout de même avouer que la photo publiée offre une maitrise technique pure bien au dessus de celle du saimiri qui saute. Mais le voir ainsi suspendu en l’air rappelle bien des souvenirs!

  4. Marion 16 octobre 2009

    Elle est maîtrisée techniquement, certes… mais un peu de folie, que diable ! Sinon, la comptine n’est pas exclusivement limousine, même si je l’ai apprise en maternelle ^^

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