Je ne suis pas gros…

Capybara ou Cabïai (Hydrochaeris hydrochaeris)

Quand on parle du plus gros rongeur du monde, 50 kilos tout de même, on pourrait s’imaginer avoir affaire à un énorme rat monstrueux, avec de petits yeux cruels et un rire sardonique en prime. Pourtant, rien de plus sympathique et paisible que le capybara. Mais on ne peut pas en dire autant de tous les animaux démesurés qu’abrite l’Amazonie…

Les lecteurs les plus assidus et attentifs auront déjà identifié la fameuse technique développée par Anaïs, dont je parlais déjà lors du post sur le caïman. Il s’agit donc bien d’une photo prise de nuit à la lumière des lampes torches. Et comme pour le caïman, l’histoire se déroule dans les marais de Kaw. Au beau milieu de notre journée dans les marais, nous avons peu croisé de capybaras (ou « cabiaï » en Guyane), préférant la fraicheur du soir. C’est donc la nuit tombée, entre deux recherches de caïmans, que nous avons pu approcher quelques individus. Voilà comment cela se déroulait. Nous étions assis tout à l’avant du bateau, tandis que notre guide balayait de sa puissante lampe les alentours. Quand il repérait un groupe de cabiaïs en train de ruminer sur la berge, il coupait le moteur pour s’approcher sans trop de bruit.

A ce stade du récit, je me permets d’ouvrir une petite parenthèse « frissons ». Pour s’approcher de la berge (en réalité, il s’agit souvent de végétation flottante), il fallait enfoncer la pirogue dans une jungle de hautes herbes aquatiques. Ce qui permet de transférer toutes les petites bêtes vivant sur ces herbes vers les deux personnes assises à l’avant… Ceci offrit ainsi à une sympathique mygale une petite promenade sur mon visage. Mygale que je me suis empressé de balayer d’un revers de la main. N’y voyez aucun courage, c’était juste de l’ignorance. En effet, en pleine nuit, impossible de deviner qu’il s’agissait de ce genre de petite bête. C’est donc un peu plus tard, à la lumière de notre torche, que nous avons trouvé une belle araignée passablement énervée juste devant nous. Par précaution, nous l’avons alors enfermée dans un petit pot (l’accessoire indispensable en Guyane !), et en avons profité le lendemain pour lui tirer le portrait avant de lui rendre sa liberté. Voici donc ma copine d’un soir en vidéo, pour les arachnophobes. Personnellement, je la préfère sur une branche que sur ma joue. Mais revenons à nos cabiaïs.

En s’approchant, nous avons ainsi pu nous retrouver à seulement un mètre ou deux de ces énormes animaux. En effet, les marais de Kaw sont une réserve protégée, donc a priori la chasse y est interdite. Le « Seigneur des herbes » (de son nom brésilien, « capivara ») était donc peu inquiété par notre présence, ne craignant réellement que le puma ou l’anaconda. La plupart ne faisaient même pas attention à nous, terminant tranquillement leur repas d’herbivore. Nous avons eu ainsi l’occasion d’approcher plusieurs groupes, dont un avec des petits, déjà impressionnants avec leur « petits » kilos. Comme pour la tortue luth, on a beau savoir qu’il s’agit d’une espèce de taille imposante, la surprise du face à face est toujours grande. Il faut dire que l’Amazonie semble s’être spécialisée dans les espèces démesurées.

En effet, nombreux sont les animaux qui étonnent par leur taille hors-norme. On trouve ainsi en Guyane le plus long et plus lourd serpent au monde (l’anaconda vert, atteignant exceptionnellement les dix mètres), ou encore la plus grande mygale connue (la Theraphosa blondi et ses 30 centimètres d’envergure). C’est aussi en Guyane que vit Titanus giganteus, considéré comme le plus grand insecte au monde (dépassant parfois les 16 centimètres). Dans les rivières, beaucoup d’espèces de poissons dépassent le mètre de long, avec un record pour l’arapaïma avec ses cinq mètres de long pour 200 kilos (il est cependant absent en Guyane, vivant uniquement dans l’Amazone). Mais le plus surprenant est sûrement de trouver des animaux que nous connaissons bien en métropole, ayant à peu près la même morphologie, mais faisant deux à trois fois leur taille. Quelques photos comme exemples, avec cette sauterelle, ce cafard, ou encore ce coléoptère. Impressionnant, n’est-ce pas.

Je terminerais sur une rencontre faite il y a deux ans avec un amphibien mesurant facilement… un bon mètre ! Bon, je ne parle pas ici d’une grenouille ou même d’une salamandre, mais d’un genre peu connu d’amphibien : les Gymnophiones. Pensant tomber sur un lombric, sa taille nous avait plus qu’étonné. Sur la vidéo, il est déjà un peu moins long que lorsque nous sommes tombés dessus, l’animal « rétrécissant » par un bout lorsqu’on le taquine, puis par l’autre, si bien qu’on ne sait plus trop où est la tête. De plus d’un mètre au départ, il passe ainsi à quelques dizaines de centimètres « seulement ». A peine une tête de cabiaï !

Yann

7 Comments

  1. Marion 24 septembre 2009

    En regardant la photo principale, on a l’impression qu’elle a été faite au coucher du soleil. Yann, tjrs égal à toi-même avec ce « rire sardonique ». Tu aurais pu être mordu par la mygale ? Quelles conséquences ? Je me suis permis d’aller chercher des photos pour illustrer tes commentaires sur la taille des animaux (corrige moi si je fais des erreurs). Donc l’anaconda : http://www.encyclo123.com/files/anaconda.jpg, la super mygale http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Theraphosablondi.JPG, le super insecte http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Titanus.giganteus.jpg, le super poisson (j’ai d’ailleurs eu du mal à faire confiance à la photo) http://www.petfishtalk.com/rss_feeds/images/080326_arapaima_1.jpg et pour finir, une photo que je trouve dégueu de Gymnophiones http://www.lilela.net/wp-content/uploads/apode_002.jpg

  2. Philippe 24 septembre 2009

    Pas d’accord . S’il est vrai que Eunectes murinus ( Anaconda vert ) est considéré comme le plus lourd serpent du monde, il n’en pas pour autant le plus long, ce privilége revient au python réticulé ( Asie ). Dix métres de long !! , cette info date d’une expédition au
    Vénézuela en 1944, époque ou le sensationnel était de bon goût. La taille moyenne est de 5 m., avec un reccord à 8,50 m. pour le maximum vérifié. IL ne faut pas me cherché sur mon terrain …………..GGrrrrrr…

  3. Yann 24 septembre 2009

    Aïe aïe aïe, je vais me faire taper sur les doigts!
    Pour le plus lourd, il n’y a effectivement aucune hésitation. Pour le plus gros, j’avais compris que, en moyenne, le python réticulé était généralement plus grand, mais que quelques individus d’Eunectes murinus détenaient le record. Mais le problème, c’est qu’il est difficile de faire la distinction entre record vérifié et validé, et légendes d’explorateurs…
    Je m’en remet donc au spécialiste! Quoi qu’il en soit, c’est tout de même une belle bête!

  4. Yann 25 septembre 2009

    Pour répondre à Marion (quand même!), bah oui j’aurais pu me faire mordre. C’est pas trop la mygale en elle même (c’est pas forcémment une bébète très agressive), mais plus le fait de lui filer des grands coups dans la tronche alors qu’elle était sur mon visage.

    Et sinon, merci pour les photos d’illustrations! Je sens que tu vas bientôt te mettre à écrire les textes avec moi! 🙂 Pour la photo d’arapaïma, c’est bien un vrai cliché. On en trouve même de plus impressionnants encore : http://animals.nationalgeographic.com/staticfiles/NGS/Shared/StaticFiles/animals/images/800/Megafish%20800%20sw/arapaima-diver-sw.jpg

  5. Marion 25 septembre 2009

    brrrr… je ne veux pas le même à la maison.. enfin c’est quand même plus sympa qu’une mygale. J’y reviens mais… qu’est-ce qu’on risque après une morsure ?

  6. Nisnis 26 septembre 2009

    Alors après avoir potasser un livre sur les animaux venimeux en Guyane (qui aurait tendance à ne plus te donner envie d’y aller) voici quelques indications sur les morsures.
    Aucune mort a été reliée à une morsure de mygale en Guyane. Généralement ce qui fait mal c’est la morsure. Après il y a un gros œdème, avec douleur lancinante pendant une bonne grosse semaine.
    Pour les araignées « vraies » c’est un peu plus chaud. Pareil œdème mais qui peut entrainer des douleurs plus importantes, des suintements, fièvre, vomissement, hypersalivation et tout plein de bonnes autres choses. Des décès d’enfants et de personnes affaiblies ont été décrites au Costa Rica. Parmi les araignées vraies se trouvent aussi les veuves noires. Il est connu la manière dont finissent les victimes de cette petites bébêtes. Mais aucune morsure n’a été recensé en Guyane et je rappelle aussi qu’il y a des formes de veuves noires en France métropolitaine aussi. Enfin d’autres araignées, les « tisseuses », peuvent entrainer des nécroses locales. Avec des antibios ça passe généralement très bien.
    Tout ça pour dire que ce n’est pas les plus grosses ou les plus poilues qui sont les plus dangereuses…
    D’autres infos sur les animaux venimeux vous seront données prochainement par Yann.

  7. Marion 26 septembre 2009

    mmhh sympathique tout ça !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *